Des #Punch dans nos labos

Diffusée mi-février sur les réseaux sociaux et rapidement reprise par les médias, l’histoire de Punch, le petit macaque rejeté par sa mère peu après sa naissance et qui trouve dans une peluche un soulagement à son isolement, est déchirante.

Les images montrent Punch, âgé de 7 mois, détenu dans le zoo japonais d’Ichikawa près de Tokyo, tenter d’approcher d’autres singes adultes de son groupe et être brutalement rejeté. Poussant des cris de terreur, il s’enfuit pour aller enlacer une peluche représentant un orang-outan, que lui ont offerte les gardiens du zoo. L’engouement populaire pour ce pauvre petit singe a suscité de nombreuses réactions de soutien moral, dont le hashtag viral #HangInTherePunch (Accroche-toi, Punch).
Chacun peut imaginer un enfant à sa place, terrorisé par une situation qu’il ne comprend pas, et ressentir une forte empathie face à cette souffrance à laquelle on assiste, impuissant.

Pourtant, nous infligeons volontairement des violences à d’autres petits Punch, au nom de la science. Et cela ne se passe pas dans de sinistres laboratoires américains ou chinois, mais en Suisse, malgré l’une des législations sur la protection des animaux «les plus strictes au monde».

Les cruelles expériences de l’EPF de Zurich

Parmi les expériences les plus insoutenables, les études menées au début des années 2000 dans le laboratoire de neurobiologie comportementale étaient particulièrement cruelles.
Des bébés ouistitis âgés de deux jours étaient violemment séparés de leurs mères et placés dans une chambre d’isolement. Les parents, quant à eux, étaient maintenus à l’écart, en contention. L’expérience était répétée chaque jour, entre 30 minutes et deux heures, durant presque un mois. Pendant toute la phase de l’étude, différents prélèvements étaient effectués pour évaluer le stress de l’animal, et son comportement (postures, cris de détresse, etc.) était documenté.
Les expériences mêlant exposition au stress et isolement étaient ensuite répétées à l’âge de 18 à 20 semaines.

Dans la nature, les jeunes ouistitis (Callithrix jacchus) entretiennent des interactions très fortes avec leur père, leur mère et les autres membres du groupe. Séparer les jeunes constitue une expérience profondément traumatique, que les chercheurs zurichois ont eux-mêmes documentée en constatant un état durablement dépressif chez les animaux ainsi que des altérations physiologiques plusieurs mois après les expériences. Plusieurs membres de la commission fédérale sur l’expérimentation animale s’étaient déclarés «horrifiés» par les cris de détresse des bébés ouistitis émis lors des expériences.

Des expériences financées par les contribuables et soutenues par le FNS

Ces études ne sont pas le fait isolé de chercheurs dans un quelconque petit laboratoire hors de contrôle. Elles ont été menées dans la prestigieuse École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich), qui fait partie des hautes écoles les plus réputées au monde.
Le neurobiologiste à l’origine de ces travaux a soumis ses expériences au Fonds national suisse pour la recherche scientifique (FNS), lesquelles ont été approuvées par sa division III (biologie et médecine), composée d’une trentaine de scientifiques issus des principales universités en Suisse. Le FNS a subventionné à plusieurs reprises ces expériences, pour des montants de plusieurs centaines de milliers de francs.

Ce sont ainsi des dizaines de personnes qui ont évalué, soutenu ou pratiqué ces expériences cruelles, sans éprouver d’empathie pour les singes terrorisés. Pour de simples études de recherche fondamentale.
Des études similaires, mais impliquant des rongeurs, sont toujours pratiquées aujourd’hui, principalement dans les laboratoires des hautes écoles de Zurich et de Lausanne, loin des caméras et de la pitié du public.

Sources :

Repeated parental deprivation in the infant common marmoset (Callithrix jacchus, primates) and analysis of its effects on early development. Décembre 2002
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12460687/

Financements

Early social-environmental influences on development of primate emotion and cognition: an integrated biomedical study
Christopher Pryce, Annette Domeney
01.05.1999 – 31.10.2002
Numéro de projet 55618
372 167 CHF
https://data.snf.ch/grants/grant/55618

Long-term neurobehavioural disruption of emotion by early-life stress in the marmoset monkey: environment-gene interactions in the development of emotional phenotype
Christopher Pryce
01.12.2005 – 28.02.2006
Numéro de projet 110010
Instrument d’encouragement : Encouragement de projets
Montant accordé : 335 000 CHF
EPF Zurich – EPFZ
Labor für Verhaltensneurobiologie Departement Biologie ETH Zürich
https://data.snf.ch/grants/grant/110010