PFAS: Tous contaminés

Selon une étude menée sur 630 volontaires dans les cantons de Vaud et de Berne, des PFAS, nommés aussi «polluants éternels», ont été détectés dans le sang de l’ensemble des participants testés. L’alimentation est considérée comme l’une des principales sources de contamination. Les personnes consommant principalement une alimentation végétale ou centrée sur les produits laitiers présentaient des concentrations sanguines plus faibles, à l’inverse de celles suivant un régime alimentaire caractérisé par une forte consommation de produits carnés.

Une première étude, menée par le centre universitaire de médecine générale et santé publique Unisanté à Lausanne, sur mandat de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), a recherché la présence de 30 PFAS chez 630 volontaires dans les cantons de Vaud et de Berne. Publiée en avril 2025, elle a ensuite fait l’objet d’une seconde publication en mai 2026 à partir de la même cohorte, afin d’évaluer plus précisément l’influence de l’alimentation, du mode de vie et des facteurs sociodémographiques.

Des PFAS interdits toujours présents dans l’organisme

Selon les analyses, sur les 30 PFAS recherchés, 17 ont été détectés au moins une fois chez les 630 participants, 4 (PFNA, PFDA, PFHpS et PFUnDA) chez plus de la moitié des participants, et 3 (PFOS, PFOA et PFHxS) chez 100 % des participants.
Parmi ceux-ci figurent deux PFAS dits « historiques », dont l’utilisation a été interdite en Suisse en raison de leurs effets potentiellement nocifs sur la santé: le PFOS depuis 2011 et le PFOA depuis 2021. Leur présence dans le sang de l’ensemble des participants illustre la très grande persistance de ces substances per- et polyfluoroalkylées dans l’environnement ainsi que leur accumulation dans l’organisme humain.

L’alimentation végétale ou centrée sur les produits laitiers moins contaminante

L’alimentation est apparue comme l’un des principaux déterminants de l’exposition aux PFAS. Ce constat est également celui de l’Académie suisse des sciences naturelles (SCNAT), qui estime que 80 % de l’exposition aux PFAS provient de l’alimentation.

Les personnes suivant un régime principalement végétal ou centré sur les produits laitiers présentaient des concentrations sanguines plus faibles, tandis qu’un régime alimentaire de type occidental, caractérisé par une forte consommation de viande, était associé à des concentrations plus élevées. Ces observations coïncident avec celles de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, selon laquelle les denrées alimentaires d’origine animale (poisson, viande, œufs) constituent les principales sources d’exposition aux PFAS. Une explication est que les PFAS s’accumulent progressivement dans les organismes vivants. Contrairement à de nombreux autres polluants, ils se fixent principalement sur les protéines du sang, du foie et des reins plutôt que dans les graisses. Les animaux d’élevage y sont exposés pendant toute leur vie par l’eau qu’ils boivent, les fourrages qu’ils consomment et les sols qu’ils ingèrent en pâturant.
La consommation de poisson, en particulier de saumon et de poissons d’eau douce locaux, était elle aussi positivement associée aux concentrations globales de PFAS ainsi qu’à plusieurs substances individuelles, notamment le PFUnDA.
Ce constat est cohérent avec plusieurs mesures déjà prises en Suisse concernant la pêche. Le canton de Zoug a interdit depuis novembre 2025 la vente et la remise à des tiers des perches et des brochets du lac de Zoug, en raison de concentrations de PFAS dépassant les limites légales. Le canton d’Argovie a pris une mesure comparable pour certains poissons du lac de Hallwil. Les cantons du Valais et de Saint-Gall ont interdit la pêche dans certains cours d’eau ou publié des recommandations limitant la consommation de poissons.
La consommation d’alcool ainsi que l’utilisation de farts de ski ou de sprays imperméabilisants étaient également associées à des concentrations élevées de PFAS.

De la viande contaminée mélangée à d’autres lots et revendue

Des analyses menées dans le canton de Saint-Gall en 2024 avaient déjà mis en évidence une forte contamination d’échantillons de viande bovine et de lait de vache provenant de 15 élevages. Plutôt que de détruire les lots pouvant présenter un risque pour la santé, l’Office de la protection des consommateurs et des affaires vétérinaires du canton de Saint-Gall a autorisé les éleveurs à commercialiser leurs produits après les avoir mélangés à d’autres lots, de manière à respecter les valeurs limites réglementaires. Cette décision a suscité un important débat.

Utilisation de PFAS interdite en agriculture biologique

Dans le domaine agricole, selon les données de l’Office fédéral de l’agriculture et d’Agroscope, 38 substances actives phytosanitaires actuellement autorisées en Suisse peuvent produire du TFA lors de leur dégradation dans les sols et 26 autres pourraient également en former. Cette substance est non seulement décelée dans les eaux souterraines sous des terres cultivées, mais également loin de ces zones en raison de sa très grande mobilité dans l’eau et de sa dispersion par les précipitations. Entre 30 et 45 tonnes de ces substances actives ont été commercialisées chaque année en Suisse entre 2008 et 2023.
L’utilisation de ces substances est interdite en agriculture biologique. Mais une contamination des cultures reste possible, notamment par l’eau ou les retombées atmosphériques.

À propos des PFAS

Les premiers PFAS ont été découverts en 1938, mais leur production industrielle a débuté à la fin des années 1940. Les PFOS et le PFOA ont ensuite été produits massivement à partir des années 1950, notamment pour fabriquer des revêtements antiadhésifs, des textiles imperméables, des emballages alimentaires et des mousses anti-incendie.

La famille des PFAS comprend aujourd’hui environ 10 000 substances industrielles synthétiques, selon l’OCDE. Ces substances, pratiquement impossibles à dégrader, présentent un problème sérieux pour l’environnement et la santé, notamment en s’accumulant dans le corps des humains et des animaux, les sols et les plantes.
Des études ont démontré, avec des niveaux de preuve variables, des associations entre l’exposition aux PFAS et une diminution de la réponse immunitaire, le développement de certains cancers, des risques cardiométaboliques ou une baisse de la fertilité. Certains PFAS ont été interdits ou identifiés comme substances extrêmement préoccupantes. D’autres font l’objet d’une surveillance particulière en raison de leurs effets potentiellement néfastes.

La situation en Suisse
La Suisse n’a pas établi de liste globale des PFAS autorisés et se contente de réglementer ou d’interdire progressivement les composés les plus préoccupants.
Une étude menée en 2023 sur la qualité des eaux potables a montré que de nombreux échantillons contenaient des PFAS. En vertu du principe de précaution, la Confédération estime que «l’utilisation des PFAS devrait être limitée aux utilisations indispensables à la société» et que «les rejets de ces substances dans l’environnement doivent être réduits autant que possible».
Cette position décevante en matière de santé publique traduit un arbitrage entre les bénéfices économiques ou techniques de certains usages des PFAS et la volonté de réduire progressivement les risques environnementaux et sanitaires.
La question des PFAS fait néanmoins l’objet de discussions soutenues au Parlement depuis 2025 et la pression s’accentue pour que le Conseil fédéral agisse, tout en prenant des mesures compensatoires pour les agriculteurs impactés.
Pour suivre les débats au Parlement, il est possible de consulter Curia Vista avec le mot-clé PFAS :
https://www.parlament.ch/fr/suche#k=PFAS