Notre pays pourrait nourrir 10 millions de personnes en réduisant l’élevage

La Suisse dispose de suffisamment de ressources pour nourrir près de 10 millions de personnes. Pour y parvenir, il faudrait prendre une série de mesures relativement simples à mettre en œuvre, indique une étude publiée le 9 décembre 2025 par Recherche Agronomique Suisse.

Le taux d’autosuffisance alimentaire (TAA) indique la part des calories consommées dans un pays qui peut être produite sur son territoire. Aujourd’hui, le TAA de la Suisse est «d’à peine 50 %», note l’étude menée par l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich) et la société Écologie et paysage (O+L GmbH). Ce qui signifie qu’en cas de conflit et de fermeture des frontières, le pays ne pourrait nourrir de façon optimale ses habitants qu’un jour sur deux.

Alors que la politique agricole suisse (PA2030+) vise à maintenir le TAA à son niveau actuel, l’initiative «Pour une alimentation sûre», sur laquelle la population suisse votera le 27 septembre 2026, exige un TAA d’au moins 70 %. L’étude visait à modéliser différentes mesures susceptibles d’augmenter le TAA et de réduire les impacts environnementaux négatifs de l’agriculture.

Une augmentation du TAA est possible

Selon les auteurs, un TAA supérieur à 100 % permettrait de nourrir près de 10 millions de personnes, soit plus du double de la population actuelle, à partir des ressources nationales :

«Si nous remédions systématiquement aux inefficiences du système alimentaire, telles que la production excessive d’aliments pour animaux sur les terres arables, l’alimentation concentrée du bétail et le gaspillage alimentaire, il est possible d’atteindre un niveau d’autosuffisance beaucoup plus élevé tout en réduisant l’impact environnemental.»

Ainsi, outre la réduction du gaspillage alimentaire, l’utilisation des terres arables pour l’alimentation humaine plutôt que pour l’alimentation animale – l’élevage bovin est particulièrement ciblé par les chercheurs – permettrait d’augmenter le TAA. Les terres libérées permettraient de nourrir des centaines de milliers de personnes. La production laitière diminuerait de 15 %, mais ce chiffre correspond «aux surcapacités du marché laitier», notent les chercheurs.

Bon pour l’environnement

La contraction du cheptel bovin serait, en outre, bénéfique pour l’environnement. «Les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture suisse proviennent principalement de la digestion des ruminants», rappelle Recherche Agronomique Suisse. Les quantités d’ammoniac produites par les animaux d’élevage reculeraient également.

Réduire sa consommation de viande

Mais pour que les mesures proposées soient efficaces, une réduction de la consommation de viande serait nécessaire, afin que la baisse de la production indigène ne soit pas remplacée par des importations.

La consommation de viande en Suisse a fortement augmenté à partir du XIXe siècle, avec l’industrialisation de l’agriculture et hausse du niveau de vie. En devenant un produit abordable pour toutes les classes sociales, sa consommation n’a cessé d’augmenter, devenant une norme alimentaire et occupant une place centrale dans nos assiettes. Pourtant, avec une moyenne actuelle de 50 kg par personne et par an, cela représente plus de trois fois les quantités recommandées par la commission EAT-Lancet, composée d’experts internationaux en nutrition, santé et développement durable. Au-delà des risques pour la santé publique, l’impact environnemental est lui aussi important. À titre d’exemple, selon les calculs de l’ONU, la production d’un kilo de viande de bœuf génère 35 fois plus de CO2 qu’un kilo de légumes.

La politique doit changer

Selon l’étude, l’augmentation du TAA impliquerait toutefois un changement de politique agricole:

«De nombreuses mesures se heurtent à des obstacles ou sont bloquées par des conditions-cadres étatiques défavorables et des incitations inappropriées. Le système actuel soutient beaucoup plus la production animale que la production végétale au moyen de mesures de protection douanière et de paiements directs. De ce fait, la culture de denrées alimentaires destinées à la consommation humaine directe n’est souvent pas compétitive par rapport à la culture fourragère.»

À propos de Recherche Agronomique Suisse

Recherche Agronomique Suisse publie des articles scientifiques en lien avec l’agriculture et le secteur alimentaire. Il s’agit d’une publication éditée par Agroscope, le centre de compétences de la Confédération pour la recherche agricole, rattaché à l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), en partenariat avec la centrale de vulgarisation agricole AGRIDEA, l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich), l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires (HAFL) et la ZHAW.